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Les premières idées de la Convention Citoyenne pour le Climat (1/2)

Etant donné l’importance du travail actuellement effectué par les citoyens participant à la Convention Citoyenne pour le Climat, je suis de près les premières pistes de mesures ressortant de leurs réflexions. Les mesures sont classées en 5 catégories : se nourrir, produire/travailler, consommer, se loger et se déplacer.

Je vous présente ici quelques-unes des premières pistes de mesures que la Convention envisage, en me concentrant sur les plus emblématiques. Je souhaite apporter un éclairage sur leur importance en termes d’émissions de CO2 mais également d’impact sociétal. Ce dernier point est essentiel parce que je suis impressionné par les mesures envisagées qui prouvent que le principe de l’intelligence collective fonctionne très bien mais j’ai quelques doutes sur la conscience des citoyens participants concernant  l’impact systémique de leurs mesures. J’appelle de mes vœux ce changement systémique mais les mesures proposées entraineraient des mutations profondes qu’ils ne maitrisent peut être pas complètement, et qui j’en ai peur arrêteront certaines de ces mesures avant leur application.

SE NOURRIR

Renforcer l’information des consommateurs

C’est encore un peu flou mais c’est une mesure que l’on ne peut que soutenir. Cependant, ayant échangé avec plusieurs personnes du milieu de l’agro-alimentaire, il faudrait bien préciser jusqu’où on souhaite que l’information sur ce que nous consommons soit renforcée. En résumé, si on présentait de manière claire, concrète, compréhensible et surtout visible sur tout emballage d’aliments, les informations clefs concernant la valeur nutritive et tous les produits ajoutés ou utilisés au cours de la préparation (découvrez par exemple ce que sont les auxiliaires technologiques ici et ici), il y a un nombre incalculable de produits que vous ne souhaiteriez plus acheter parce que vous réaliseriez que votre bouche se rapproche d’un laboratoire de chimie. Il est bien clair que tous les additifs sont validés officiellement par l’ANSES, et que les auxiliaires technologiques ne peuvent se retrouver au pire que sous forme de traces dans votre nourriture mais leur nombre vous étonnerait avec une information renforcée.

Valoriser les circuits courts

J’espère que cette piste deviendra une de leurs mesures phares. Favoriser les circuits courts en agroalimentaire permet très concrètement de réduire le transport et la transformation des aliments. Les émissions dues à la fabrication d’emballage, à la transformation, au transport et à la commercialisation alimentaire représentent 7,2% des émissions de gaz à effet de serre françaises  (20% des émissions liées à l’alimentation, qui dans leur ensemble représentent 36% des émissions de gaz à effet de serre françaises). Piste de réflexion donc très intéressante mais qui implique de décourager la transformation alimentaire, donc les usines de l’agro-alimentaire et tous les emplois associés. Les citoyens participant aux travaux de la Convention vont découvrir progressivement que beaucoup de leurs propositions entraineraient une disparition d’emplois sans en créer autant dans les filières remplaçantes. Une modification de notre système alimentaire, par exemple, mais c’est vrai également pour tous les autres sujets abordés ci-dessous, entraine nécessairement de reconsidérer  le concept d’emploi salarié tel que nous le connaissons aujourd’hui. Un vrai changement systémique amenant à moins et mieux consommer entrainera la disparition de nombreux emplois qui ne seront que partiellement remplacés par d’autres fonctions en adéquation avec le nouveau système. Il faut dès à présent s’attaquer à ce sujet. Est-ce que c’est la responsabilité de la Convention Citoyenne pour le Climat ? Etant donné que leurs mesures doivent prendre en considération la justice sociale, il faudra en exclure la disparition d’emplois en considérant que c’est un facteur purement économique. Cela peut paraître aberrant mais dans le cas contraire, toutes les mesures qui seront en final proposées ne représenteront qu’un vernis sans réel impact.

Réformer la PAC +  Développer de nouvelles pratiques agricoles

Ces 2 pistes sont très pertinentes mais peut-être un peu ambitieuse concernant la PAC. La Politique Agricole Commune (PAC) est un enjeu européen très présent dans l’actualité puisque les négociations sont actuellement en cours pour le nouveau budget de la PAC sur la période 2021-2027. Ce sujet est tellement controversé que les négociations patinent et que Bruxelles a déjà annoncé que des mesures transitoires devront être prises parce que le budget officiel ne pourra pas être appliqué  avant 2022, voire 2023. Cependant, il est déjà entendu que le budget de la PAC devrait diminuer d’environ 15% dans son ensemble, en partie à cause du Brexit. Un acteur du milieu agricole que j’ai écouté récemment en conférence indiquait de plus que les premières moutures de la nouvelle PAC présentent une redirection significative de ce budget vers les pays de l’Est de l’Europe, ce qui affecterait très fortement l’agriculture française, aujourd’hui première bénéficiaire de la PAC. Les négociations sont d’autant plus compliquées que les intérêts des 28 pays divergent avec un groupe, dont la France fait partie, qui souhaitent un ‘verdissement’ de l’agriculture pendant que d’autres souhaitent un assouplissement des contraintes environnementales. Une inquiétude générale s’élève d’autant plus que ce nouveau projet de PAC tendrait également à une ‘renationalisation’ des politiques agricoles. C’est malheureusement un nouveau signe du délitement de la cohésion européenne. Mais si certains pays de l’Europe ne peuvent être convaincus de l’absolu nécessité d’une agriculture beaucoup plus écologique, aujourd’hui responsable de 16,4% des émissions de gaz à effet de serre en France, il ne faut plus hésiter à faire cavalier seul et revenir à une certaine autonomie pour pouvoir être plus ambitieux. La France a les moyens et le devoir de devenir un champion de l’agriculture écologique, diversifiée et autosuffisante, pour devenir un modèle qui pourra inspirer nos voisins européens. Attendre de convaincre tous les pays est une perte de temps que nous n’avons plus. Tentons une autre voie en étant premier de cordée, pour reprendre une expression chère à notre Président, et qui dans ce cas serait réellement un projet ambitieux étant donné que seulement 7,5% des surfaces agricoles utiles en France sont aujourd’hui utilisées pour l’agriculture biologique.

Stopper l’artificialisation des sols

L’artificialisation du sol est la perte des qualités qui sont celles d’un milieu naturel : sa naturalité, qualité qui inclut une capacité autoentretenue à abriter une certaine biodiversité, des cycles naturels (cycles du carbone, de l’azote, de l’eau, de l’oxygène…) et ses qualités biogéochimiques (puits de carbone par exemple). Cette mesure permettrait l’arrêt du morcellement des terres qui réduit et tronçonne l’habitat naturel de nombreuses espèces animales et est une des causes principales de l’extinction de masse que nous observons actuellement. De plus comme indiqué ci-dessus, tout sol recouvert par du béton perd sa capacité à capture du carbone. Nous perdons donc progressivement un allié indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Le Réseau Action Climat a apporté une contribution très intéressante au travail de la Convention Citoyenne pour le Climat (Lire leurs 12 propositions) dans laquelle ils abordent le sujet de l’artificialisation des sols. Très concrètement, ils suggèrent un moratoire sur les nouvelles surfaces commerciales et entrepôts logistiques pour le commerce en ligne. Et oui, c’est ce qu’implique l’arrêt de l’artificialisation des sols, moins d’énormes sites qui occupent le territoire. Mais vous comprenez immédiatement que ce sont des emplois que l’on ne peut pas créer en empêchant la construction de ce type de bâtiments. Une fois de plus, si l’emploi salarié tel qu’on le connait aujourd’hui reste notre priorité, nous ne pourrons jamais atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre nécessaire pour limiter le réchauffement climatique. Une loi forte sur l’aménagement du territoire devrait être une des priorités mais nécessite de faire des choix économiques bien différents.

PRODUIRE/TRAVAILLER

Prolonger la durabilité des produits manufacturés : Écoconception, conception plus robuste des produits, obligation de la possibilité de réparation du produit, obligation de fourniture des pièces détachées + Rendre obligatoire le recyclage de tous les objets plastiques d’ici 2025

Cette piste est clef pour un changement de paradigme économique. La surconsommation à outrance résulte de la multiplicité d’achats de produits différents et des achats de produits à courte durée de vie par design, ou par mode (vêtements et téléphone portable par exemple). L’écoconception et l’amélioration des possibilités de réparation des produits font partie du cercle vertueux de l’économie circulaire. Le gouvernement est déjà lancé sur cette piste avec la Feuille de Route pour une Economie Circulaire (FREC) qui contient exactement les objectifs de cette piste de mesure de la Convention. L’économie circulaire n’est pas la panacée qu’on peut nous faire miroiter tout comme le recyclage mais elle reste un rouage indispensable à mettre en place pour une nouvelle organisation économique et industrielle de notre société. Ce sujet méritera un article en soi mais pour commencer, ouvrons quelques pistes de réflexion.

Le recyclage est compliqué pour énormément de produits parce que les matières utilisées sont très souvent un mélange de plusieurs matières premières. C’est le cas pour les métaux ou les plastiques colorés par exemple. Pour les plastiques, des méthodes chimiques innovantes en phase de test permettraient de mieux séparer les différentes composantes des plastiques et améliorer ainsi le taux de recyclage global. Etant donné que ces nouvelles méthodes sont encore en développement avec l’objectif d’une première phase à l’échelle industrielle vers 2022-2023, il ne semble pas réaliste de viser un recyclage complet de tous les plastiques pour 2025. Mais il y a de l’espoir et le plastique qui présentait jusqu’ici des taux de recyclage plutôt décevants (26% en France en 2016, derniers chiffres disponibles; la France étant plutôt en retard par rapport à nos voisins européens) avance à grand pas.

Pour permettre un recyclage plus complet des produits jetés, il faudrait également travailler sur l’écoconception, c’est-à-dire prendre en compte cette finalité du recyclage dès la conception du produit. Une des règles principales de l’écoconception est la simplification du produit et même des gammes de produit. Ce qui rend le changement de système de production et de recyclage compliqués est la multiplicité des produits à une échelle complètement délirante et souvent inutile. Simplifier les concepts et la composition des produits entrainent nécessairement une réduction du choix, un luxe auquel nous nous sommes habitués et que nous aurons du mal à abandonner. La réduction du choix dans les gammes de produits combinée à une amélioration de la durabilité des produits mènent logiquement à une baisse de la consommation. Ce serait une très bonne nouvelle pour l’environnement parce que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Mais ce ne serait pas une bonne nouvelle pour l’emploi parce qu’une réduction de la consommation entrainerait une baisse de la production et du besoin en usines.

En final, il est aussi important de ne pas oublier que l’économie circulaire n’est pas le cercle vertueux complètement fermé qu’on nous présente. Le symbole du cercle suggère que tous nos déchets pourront nous permettre de produire toutes les matières premières dont nous avons besoin pour construire les nouveaux produits. Ce n’est réaliste que dans le cas d’une réduction drastique de la consommation/production. Pour vous donner des ordres de grandeurs, prenons l’exemple des déchets du bâtiment, parmi les plus gros producteurs de déchets en France. Ce secteur s’est engagé à atteindre 70% de recyclage des matériaux inertes (gravats, pavés, sables, tuiles, béton, ciment, carrelage,…) d’ici 2020. Cet objectif a été dépassé dès 2018 avec un taux aujourd’hui plus proche des 80%. C’est donc une très bonne nouvelle mais aussi un exemple parfait des limites de l’économie circulaire puisque ces déchets recyclés fournissent de nouveaux granulats qui ne couvrent que 28% des besoins en granulats pour la construction en France. Donc même à 100% des déchets inertes recyclés, on ne couvrirait pas 50% des besoins. Ceci indique simplement que nous construisons plus que nous ne détruisons et qu’il y a donc un stock de matières en cours d’utilisation. C’est parfaitement logique dans une économie guidée par la croissance mais insoutenable pour un objectif de société plus sobre consciente des limites naturelles en ressources, et des limites de l’écosystème à supporter l’énorme volume d’émission de gaz à effet de serre. Ces chiffres seront bien sur variables d’un déchet et d’un matériau à l’autre mais le cercle ne sera jamais fermé tant que nous ne réduirons pas notre consommation initiale de produits et donc de matières premières.

Ajouter un bilan carbone au bilan comptable des structures

Ajouter le poids réel des impacts sur l’environnement tel que le bilan carbone dans la comptabilité des entreprises est une très bonne idée et qui est déjà développé de manière théorique dans le cadre de la conception du nouveau modèle comptable CARE. Cependant cette idée aura du mal à faire son chemin dans le système actuel parce que toutes les entreprises ont une empreinte carbone plus importante qu’on ne l’imagine. Notre économie s’est construite et continue de se développer sur la combustion des énergies fossiles. La prise en compte en négatif du bilan carbone dans la comptabilité plomberait nécessairement les résultats des entreprises. La réponse naturelle d’un gouvernement qui souhaite conserver le statu quo du modèle économique actuel serait de proposer que les entreprises mettent en place une compensation carbone par le financement des projets de reforestation par exemple. Si l’on garde bien à l’esprit que la compensation compense et ne diminue en rien le bilan carbone, on est bien loin des objectifs du facteur 4 fixés au début du siècle visant à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2050 pour permettre de contenir le réchauffement climatique.

Pour vous permettre une lecture plus aisée, j’ai découpé cet article en 2 parties. Vous retrouverez les thèmes Consommer, Se loger et Se déplacer dans l’article suivant : Les premières idées de la Convention Citoyenne pour le Climat (2/2) .

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