Dans croissance verte, il y a ‘croissance’ et c’est un problème

Dans cette période exceptionnelle de crise sanitaire qui vient s’ajouter aux autres crises, il nous faut déjà réfléchir à la suite.

L’angoisse de la situation nous amène naturellement à vouloir revenir à la normale au moins en termes d’état de l’économie. La normale pour la plus grande majorité est simplement le retour à l’état de notre société d’il y a seulement quelques mois. Même si nous choisissions cette voie, ce sera long et pénible.

Pourrons-nous plutôt profiter de la fin de la ‘guerre contre le virus’ pour s’inspirer de la fin de la deuxième guerre mondiale en France ? La fin de la guerre avait été l’opportunité de créer les bases du système social auquel nous sommes tant attachés même s’il est progressivement déconstruit par nos dirigeants depuis quelques décennies. Nous pouvons profiter de cette crise pour être plus ambitieux qu’un retour à la ‘normale’.

Nos dirigeants au niveau national ou européen étant bloqués dans leur pensée économique néo-libérale voudront se contenter d’instaurer une croissance verte. Théoriquement, cette croissance est censée réduire le problème des émissions de gaz à effet de serre, de l’énergie et des ressources.

Est-ce que cette croissance verte, ce développement durable, est la panacée qui nous permettra de régler une partie des crises ?

Depuis plusieurs décennies le concept de développement durable n’a cessé de prendre de l’ampleur dans les pays industrialisés. La notion de développement durable associée à une croissance estampillée ‘verte’ vise à concilier les facteurs sociaux, économiques et environnementaux en impliquant les parties prenantes associées à chacune des trois composantes.

Cette approche est le principal moteur du développement économique ‘écologique’ depuis plusieurs décennies et devient progressivement le référentiel des entrepreneurs qui souhaitent avoir un impact positif par leur action économique. Pour les plus grandes sociétés, le développement durable devient, dans le meilleur des cas et donc quand ce n’est pas du simple greenwashing,  le moteur d’une transformation de modèle économique dans le but d’être plus respectueux de l’environnement et des humains.

Plus que le modèle économique, ce sont surtout les procédés de production qui sont modifiés pour avoir un impact moindre sur l’environnement en visant à émettre moins de gaz à effet de serre, consommer moins d’énergie et de matière premières et en impactant le moins possible la faune et la flore. Cette stratégie qui s’inscrit dans un objectif de ‘croissance verte’ est louable sur le principe et semble aller dans la bonne direction mais sera malheureusement par définition limité dans ses impacts réels parce qu’elle s’attache toujours à la notion de croissance.

Cette philosophie économique a atteint le monde politique à tous les échelons puisqu’elle est au cœur du Pacte Vert pour l’Europe présenté en Décembre 2019. Ce pacte indique clairement viser une « croissance dissociée de l’utilisation des ressources ».

Ce concept de croissance verte aurait parfaitement du sens en soi, s’il était possible d’atteindre un découplage entre la production de la croissance économique et la consommation de matières premières et d’énergie. Malheureusement ce découplage n’est que très rarement voire jamais observé et me rend donc très pessimiste sur la possibilité d’une croissance verte.

Cette question du découplage est au cœur du débat entre croissance verte et sobriété/post-croissance et elle est le sujet d’un rapport produit à la demande de l’Environmental European Bureau et publié en Juillet 2019 (Decoupling Debunked, 2019). Ce rapport présente une revue très étendue de la littérature scientifique et économique sur le sujet du découplage.

Pour être le plus rigoureux possible, ce rapport fait la distinction entre découplage relatif et absolu. Deux paramètres essentiels, comme l’énergie et le PIB par exemple, présentant un découplage relatif croient tous les deux mais avec un taux plus faible pour l’énergie. Un découplage absolu implique que deux paramètres évoluent dans des directions opposées. L’analyse du découplage nécessite d’étudier la diminution ou perte de proportionnalité entre les tendances des deux paramètres.

Dans le cas du potentiel de la croissance verte, les deux paramètres à découpler considérés sont le PIB d’une part et les ressources et impacts d’autre part. Donc il est important de retenir qu’un découplage relatif ralentirait l’augmentation de la consommation de ressources mais ne la diminuerait pas. Donc si le paradigme de croissance est conservé, même avec une augmentation moindre de la consommation des ressources, cette consommation continuerait d’augmenter avec des volumes tels que l’impact resterait très significatifs.

Les auteurs du rapport précisent également qu’il est nécessaire que le découplage soit permanent, global, et suffisant pour être vraiment pertinent.

Pour exemple, la Chine fermant plusieurs usines de charbon remplacé par de la consommation de gaz a temporairement diminué les émissions de gaz à effet de serre, avant que la croissance n’entraine l’augmentation de la consommation de gaz pour atteindre et même dépasser le niveau précédent d’émissions de gaz à effet de serre du charbon. Le découplage ne fut donc que temporaire.

Le découplage peut être observé localement si la production est délocalisée dans un pays avec une main d’œuvre meilleure marché. Mais si l’on prend le point de vue de la consommation des produits finaux, donc les importations, et leurs empreintes globales, on constate que les émissions de gaz à effet de serre n’auront pas diminuées mais ont simplement été déplacées géographiquement.

Le découplage doit être suffisant parce que s’il est lent et faible, l’environnement aura surement été trop dégradé et même transformé pour pouvoir revenir à un état initial.

Dernière caractéristique clef à prendre en compte : la répartition du découplage. Le découplage est beaucoup plus nécessaire et urgent pour les pays industrialisés que pour les pays en voie de développement. Les pays les plus riches doivent sciemment diminuer au maximum leurs émissions et leur impact sur les ressources pour en laisser aux pays qui en ont besoin pour atteindre un niveau de vie digne tout en conservant un budget global acceptable pour la vie des futures générations en termes de réchauffement climatique et de disponibilité des ressources.

Le principe du découplage dans l’économie a été théorisé dans les années 90 avec la Courbe Environnementale de Kuznets qui suggère qu’une économie peut naturellement de par sa maturité dépasser la crise écologique qu’elle a provoquée. Cependant dans les décennies suivantes, les recherches ont montré que ce sont surtout les choix politiques qui avaient un réel impact sur un potentiel découplage plutôt que l’évolution naturelle de la production et de l’économie en général.

Concernant les ressources, les auteurs se penchent sur 3 éléments principaux: les matériaux, l’énergie et l’eau.

Pour les matériaux, les auteurs pointent qu’il n’y a aucune trace de découplage dans le monde. Malgré un espoir de découplage relatif au cours du 20ème siècle, le couplage est reparti de plus belle depuis les 20 dernières années principalement entrainé par le développement économique asiatique.

Graphique 1: Courbes présentant pour le monde entier sur 1980-2009, le PIB (courbe rouge), la consommation de matériaux (courbe verte), la population (courbe marron), l’efficacité de consommation des matériaux (courbe bleue). Après un écart grandissant entre le PIB et la consommation de matériaux de 1980 à 2000, les deux courbes ont recommencé à évolué en parallèle sur les 20 dernières années. De plus l’efficacité de consommation des matériaux stagne depuis 20 ans, ce qui est surement un des facteurs expliquant le recouplage depuis l’an 2000 (source: Decoupling Debunked, 2019).

Concernant l’énergie, le consensus est moins clair mais une majorité des travaux n’identifie de découplage relatif que par transfert géographique par le biais de délocalisation de la production. Les quelques découplages absolus observés étaient à chaque fois liés à des périodes de crise économique ou de restructuration politique profonde qui ralentissaient très fortement l’économie.

Concernant l’eau, certains découplages absolus ont pu être observés, par exemple dans certaines régions de l’Australie, mais même dans ces régions le découplage n’est pas assez rapide étant donné le niveau de consommation qui avait été atteint. D’autre part, l’effet de report géographique fonctionne également pour l’eau avec des importations de produits consommateurs d’eau dans leur production. De plus comme pour les matériaux, toute amélioration de l’efficacité dans la consommation d’eau est largement compensé par le volume utilisé qui présente une croissance forte de consommation.

En termes de découplage des impacts, nous pouvons commencer par nous pencher sur le sujet des émissions de CO2. Malheureusement la conclusion du rapport est sans appel. Il n’y a jamais eu de découplage significatif entre croissance économique et émissions de CO2. Même les découplages bien absolus ne l’ont été que sur des périodes courtes ou à des niveaux très faibles. Exemple, 30 pays de l’OCDE ont vu décroitre leurs émissions de CO2 de 3,8% sur 14 ans. Si nous souhaitons respecter les recommandations du GIEC pour restreindre l’augmentation de température à +1,5°C à la fin du siècle, il faudrait une réduction de 5% par an. De plus, il semblerait que le rythme de diminution des émissions de CO2 ralentit. Ce qui n’est pas surprenant parce que les premières mesures appliquées sont en général les plus simples.

Autre point clef, les découplages relatifs observés le sont souvent en prenant en compte uniquement les émissions territoriales, les émissions liés à la production, et pas l’empreinte globale, c’est-à-dire les émissions liées à la consommation, et donc aux émissions dans les pays qui produisent les biens que nous importons.

La vitalité de l’économie a bien entendu également un rôle important dans l’évolution des émissions de CO2. Des découplages ont été observés suite à la crise économique et financière de 2007-2008 mais ils n’ont pas duré dans le temps dès que l’économie a repris en vigueur.

Concernant l’impact sur les sols, les études sont plus rares mais montrent tout de même des découplages relatifs significatifs mais aucun découplage absolu. A nouveau, les pays industrialisés et riches peuvent présenter un découplage relatif en local mais étant donné qu’ils importent de nombreux produits agricoles, l’impact positif du découplage local est en fait fortement minoré avec une vision plus globale.

Il en est de même pour les polluants de l’eau, principalement l’azote et le phosphore utilisée comme engrais pour l’agriculture.

Les auteurs du rapport se penchent également sur les sujets de la perte de biodiversité et de l’occupation des sols. Ils reconnaissent que la littérature disponible est beaucoup moins prolifiques pour ces 2 paramètres mais les quelques études disponibles ne présentent aucun cas de découplage significatif.

Pas de trace dans le passé, mais peut être dans le futur ?

L’analyse précédente suggère qu’il n’a pas été observé dans le passé de découplage absolu, global, permanent et significatif. Cela n’implique pas automatiquement que cela ne sera pas possible dans le futur avec une généralisation globale du marché des émissions, la fin des subventions aux énergies fossiles, et des investissements dans des infrastructures durables.

Malheureusement, les auteurs du rapport ne sont pas optimistes du tout vis-à-vis d’un futur découplage absolu. Ils identifient 7 points de blocage à une évolution positive.

1 . Les besoins croissants en énergie et matériaux

Les premières ressources utilisées dans le développement d’une société sont naturellement celles qui sont le plus aisément accessible et donc peu cher à extraire. Plus ces ressources sont complexes à extraire parce que dans des sites reculées, comme le pétrole en eaux profondes par exemple, ou en concentration de plus en plus faible, comme pour certains métaux, plus ils requièrent de matériel, d’argent et d’énergie.

Le contre argument de la faible portion de l’énergie dans le PIB mondial tient la route en termes de montant monétaire mais pas en termes de dépendance de l’activité économique en général. De nombreuses études ont montré la forte dépendance à l’énergie de l’économie et donc de l’extraction des ressources (Ayres and Warr, 2009; Georgescu-Roegen, 1971; Giampietro et al., 2011; Hall and Klitgaard, 2012; Kümmel, 2011 ; Keen et al., 2019)

L’efficacité d’extraction d’énergie est mesurée avec l’indicateur EROI, Energie Reçu sur Energie Investie, c’est-à-dire le ratio entre l’énergie extraite et l’énergie dépensée pour l’obtenir, un bilan net de l’énergie extraite. Plus l’indicateur EROI est bas, plus la quantité d’énergie nécessaire pour obtenir une même quantité d’énergie nette finale augmente.

Par exemple, l’extraction de pétrole et de gaz, s’est améliorée d’un ratio de 23:1 en 1992 à 33:1 en 1999 mais est redescendu à 18:1 en 2005. Il faut absolument retenir que ce même ratio est aujourd’hui autour de 6:1 pour les énergies renouvelables et tendra à encore diminuer en se généralisant puisque plus de ressources supplémentaires seront nécessaires pour la construction des infrastructures. On notera donc au passage que théoriquement si la dépendance de la croissance à l’énergie est bien avérée, les énergies renouvelables seront incapables de soutenir le niveau de croissance auquel notre modèle économique actuel souhaite s’accrocher.

Le problème se pose de la même manière pour les matériaux extraits de la Terre. La concentration des minerais extraits ne cessent de diminuer impliquant la nécessité d’extraite de plus grosses quantités associé à une plus grande consommation d’énergie et souvent des impacts environnementaux croissants. C’est donc une spirale de feedback négative qui ne peut pas s’améliorer avec le temps si l’on continue dans la même direction. Pour exemple, la concentration du cuivre extrait est passée de 1,8% en 1930 à 0,5% de nos jours. Ceci est particulièrement problématique pour les énergies renouvelables qui requièrent dix fois plus de métaux que le pétrole pour produire la même quantité d’énergie.

Les énergies renouvelables auront un impact positif sur les émissions de gaz à effet de serre mais ne peuvent pas résoudre le problème de la rareté des ressources.

2. Les effets rebonds

L’argument que vous entendrez le plus souvent pour soutenir une croissance ‘verte’ et un découplage associé est l’amélioration attendue de l’efficacité d’utilisation des ressources. On obtiendrait plus de produits avec moins de matière, on se déplacera plus loin avec moins d’énergie.

Entre en scène alors, l’effet rebond ou paradoxe de Jevons. Le paradoxe de Jevons décrit le fait qu’une amélioration de l’efficacité d’une opération (production ou extraction) en termes de ressources est rapidement contrebalancée par une augmentation du nombre d’opérations, annulant ainsi les gains obtenus en termes d’efficacité.

L’effet rebond peut être :

– direct, si ce sont les mêmes ressources qui sont consommées en plus grande quantité.

Une voiture qui consomme moins d’essence, et donc qui coûte moins au kilomètre, mais avec laquelle vous allez conduire plus ayant l’impression de moins dépenser par rapport à l’usage de votre voiture précédente.

– indirect si les ressources épargnées sont consommées autrement.

Vous avez économisé de l’argent sur vos dépenses d’essence pour votre voiture que vous allez dépenser sur d’autres produits ou services qui émettront peut être même plus de gaz à effet de serre, comme un voyage en avion par exemple.

– structurel si les économies obtenues entraine un changement structurel de l’économie

Si l’efficacité de production permet de produire des voitures à moindre coût, le déplacement en voiture se généralise et un grand nombre d’infrastructure consommatrices de ressources doivent être construites, organisant de plus en plus les déplacements autour de la voiture, ce qui motive la population à se déplacer d’autant plus en voiture.

L’effet rebond peut donc soit ralentir le découplage tant recherché (rebond partiel), soit même l’inverser entièrement (rebond total).

La plupart des études se sont concentrés sur l’effet rebond direct, plus simple à identifier et donc à analyser.

A l’échelle macro-économique les effets rebonds semblent rarement descendre en dessous de 30%, c’est-à-dire qu’au minimum 30% des gains dus à une amélioration technique ou technologique sont perdus à cause de l’effet rebond. Dans beaucoup de cas, ce chiffre monte au-delà de 50%.

La bonne nouvelle c’est qu’aucune étude ne semble avoir identifié dans l’histoire d’effet rebond atteignant 100%, ce qui aurait annulé entièrement l’impact positif de l’innovation.

3. Le déplacement du problème

Le découplage d’un facteur environnemental peut entrainer l’apparition d’un couplage avec un autre facteur environnemental dans le même domaine, et donc un ‘déplacement’ du problème. Par exemple, les auteurs mentionne une étude qui pointe que la croissance mondiale s’est détaché de sa dépendance au crottin de cheval et à l’huile de baleine mais en les remplaçant par une dépendance à d’autres ressources naturelles.

L’exemple des énergies renouvelables est un des plus flagrants. Les énergies renouvelables permettent bien sûr de réduire les émissions de carbone mais elles ont un impact significatif sur l’utilisation des sols (ex : les fermes photovoltaiques et production de biomasse/biofuel) et sur certaines ressources comme de nombreux métaux (éoliennes). Le nucléaire n’est pas exempt de ces problèmes puisque juste l’extraction de l’uranium est une activité qui impacte fortement l’environnement.

4. L’impact sous-estimé des services

On considère depuis longtemps que le développement naturel des sociétés industrielles matures est d’évoluer d’une structure avec des secteurs agricoles et industriels dominants vers une émergence dominante du secteur tertiaire des services.

Cependant, les observations sur les dernières décennies nous montrent que le secteur des services vient s’ajouter aux autres secteurs en termes de pression environnementale. Les salariés du tertiaire ont toujours besoin de se nourrir, de se déplacer et d’acheter des vêtements ou autre objets du quotidien. On observe un découplage relatif lié au secteur tertiaire dans le sens, où il occupe une proportion plus grande de l’activité économique mais étant donné que les secteurs primaires et secondaires ne diminuent pas en volume, le découplage n’est pas absolu.

De plus les pays riches sont ceux où le secteur tertiaire est déjà prédominant et il sera complexe de compresser encore plus la part des secteurs agricoles et industriels. Dans les secteurs primaires et secondaires, une grande partie de l’activité ne peut plus être tertiarisée. Donc les gains potentiels en termes d’impact environnemental ne sont plus du même ordre.

Il faut bien entendu également prendre en compte que les services ont une empreinte écologique puisqu’ils requièrent au minimum des matériaux pour les ordinateurs, et de l’énergie pour fonctionner. Il ne faut donc pas sous-estimer leur impact.

5. Les limites du recyclage

Le recyclage qui nous amènerait à une économie circulaire est une solution des plus raisonnables au regard des impacts actuels de notre économie mais il ne faut pas imaginer une boucle fermée parfaite.

Il est d’abord important de noter que le processus de recyclage en lui-même requiert de l’énergie et des matériaux, qui eux-mêmes auront besoin d’être recyclés, ce qui créé une boucle qui grandirait sans cesse. Donc non seulement les taux de recyclage théoriques ne pourront jamais être atteint mais en plus le coût associé augmentera d’autant plus que nous nous approcherons de taux de recyclage élevés.

De plus les matériaux recyclés se dégradent à chaque réutilisation, nécessitant de les mélanger avec des nouveaux matériaux, et de les utiliser pour des produits finaux moins exigeants. On tend alors vers un ‘downcycling’ progressif plutôt qu’un réel recyclage sur le long terme.

En final, donc, si l’économie continue de grossir, la demande de matières première et d’énergie est équivalente ou plus grande que la production naturelle, et l’économie circulaire est donc impossible. Il faudrait réduire la taille de l’économie pour que cela soit envisageable.

Les produits finaux étant de plus en plus complexes, il devient également de plus en plus complexe et coûteux de les recycler. Pour exemple, le Fairphone 2, téléphone portable modulaire, qui tente de propose une solution écologique au smartphone, ne pourrait être recyclé à ce jour que à 30%.

Il faut bien entendu prendre en compte la durée de vie des produits qui doit être allongée pour que le recyclage puisse suivre. Si l’obsolescence des produits continue d’être de plus en plus rapide à cause de leur complexité ou fragilité, la demande pour des matériaux vierges augmentera nécessairement.

Le recyclage ne fera donc que repousser la contrainte du manque de matériaux. L’acier, est un bon exemple, avec un recyclage à 62%, qui est un des taux les plus élevés observés aujourd’hui. Avec une croissance de la consommation d’acier de 3,5% par an, ce recyclage déjà très efficace ne repousse la problématique du manque de matériaux pour produire l’acier de seulement 12 ans. Si l’on atteignait un taux de recyclage de 90%, cela ne repousserait la date butoir que de 7 ans supplémentaires.

Il faut aussi ne pas oublier qu’une grande partie des matériaux sont immobilisés pendant un certain temps. Un calcul rapide basé sur des chiffres de 2005 : 62 Gigatonnes (Gt) de ressources naturelles ont été extraites de la Terre dont 4 Gt pour des produits utilisés moins d’un an. 9 Gt de ressources découlant de rebus de la production sont également disponibles pour être recyclés, nous amenant à un total de 13Gt de ressources naturels disponibles sur une année. Si l’on considère avec les techniques actuelles que seulement 30% de ces 13Gt peuvent être recyclés, on est bien loin des 62Gt nécessaires pour la production de l’année suivante. Et encore plus loin dans une économie en croissance qui consommera encore plus de ressources naturelles.

6. Progrès technologique insuffisant et inapproprié

Simplement dit, la solution technologique pour résoudre les problèmes de découplage est un pari qui semble risqué, voire déraisonnable.

Les innovations technologiques ont été jusqu’ici peu focalisés sur une réduction de l’impact environnemental qui n’était pas la source de coût principal de la production par rapport au coût du travail ou du capital. De plus les technologies tendent à s’ajouter aux technologies existantes plutôt que de les remplacer entièrement. Ceci est d’autant plus vrai que lorsqu’une technologie a nécessité la construction d’infrastructures, c’était un investissement sur le long terme qu’il est d’autant plus difficile à déboulonner. Les milliers de stations-services qui vendent de l’essence à travers le pays, ne pourront pas être remplacés par des chargeurs électriques ou des stations à hydrogène en quelques années. Les investisseurs ne voudront pas perdre l’intérêt de leur investissement initial.

La vitesse à laquelle les nouvelles technologies se développent reste également un facteur limitant important. De 1965 à 2015, la diminution de l’intensité en carbone de l’économie mondiale a seulement diminué de 1% par an. Par comparaison, il faudrait que cette intensité diminue de 8% par an jusqu’en 2050. On attend donc de la technologie qu’elle atteigne des niveaux d’amélioration jamais observé dans les 60 dernières années.

7. Déplacement du coût environnemental

La recherche de profit des entreprises les pousse à délocaliser leur production dans des pays où la main d’œuvre est moins chère, mais également des pays où les réglementations environnementales seront moins contraignantes, réduisant également les coûts. S’ajoute à ce déplacement du coût environnemental, un coût supplémentaire venant du fait que ces pays moins matures économiquement et industriellement sont moins efficaces dans leurs méthodes de production, produisant d’autant plus de pollution et d’inefficacité dans l’utilisation des ressources. Comme c’est très bien indiqué dans le rapport, les problèmes environnementaux d’un pays peuvent être une opportunité de croissance pour un autre pays mais avec des impacts négatifs plus importants.

Conclusion

Ce rapport me semble essentiel pour démystifier le paradigme de la croissance verte qui prend progressivement la place de la croissance ‘carbonée’. Toutes les solutions émergeant du concept de la croissance verte ou développement durable doivent être considérées et potentiellement appliquées mais seulement dans un cadre plus global de sobriété. Si nous réduisons drastiquement nos besoins en déplacement à l’aide de voitures personnelles, oui il est préférable que ces véhicules soient électriques, mais remplacer l’ensemble des véhicules à combustion par des véhicules électriques ne résoudra que le problème des émissions de gaz à effet de serre et continuera d’accentuer les pressions environnementales en termes de ressources et d’utilisation des sols.

Il faut retenir que les solutions du développement durable sont parfaitement pertinentes pour les pays en voie de développement. Autant faire profiter ces pays de nos technologies, nos expériences et nos erreurs pour atteindre une prospérité sobre permettant de satisfaire les besoins essentiels de chaque être humain sur Terre.

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