Plan startup validator

Monsieur le Président, Think outside of the box, outside of the box

Etant donné que les mesures prises par le gouvernement sous la présidence de M. Macron montrent clairement une certaine conscience des problèmes mais pas une réelle mesure des enjeux liés à la convergence des crises, je me suis lancé dans une explication et des propositions en utilisant le langage du monde des startups en espérant que le message passe mieux. Pour ceux qui sont moins familiers avec cette langue de la ‘startup nation’, j’ai ajouté un petit glossaire à la fin de cet article.

Quand je dis que le gouvernement et le Président n’ont pas pris la mesure de la convergence des crises, je considère qu’ils ne montrent aucun signe indiquant qu’ils sont prêts à effectuer un pivot du business model du pays. Le gouvernement a peut être compris quelques unes des pains de la population et du système mais ils ne proposent que des solutions old school.

Pour mieux comprendre les pains de la population, il faudrait que le gouvernement prenne la mesure réelle de la user experience lorsqu’on habite en banlieue et que l’on est cantonné dans des emplois précaires. Etre freelance, c’est la liberté en théorie, mais c’est surtout l’instabilité financière en RL.

Avec le grand débat national, le gouvernement a vaguement tenté une approche bottom-up mais en final les questions posées dans le cadre de ce débat étaient contraintes dans un esprit top to bottom, convaincu que les users ne comprennent pas vraiment les enjeux.

Prendre en compte à la fois les pains des users, et les contraintes environnementales nécessitent to think outside of the box pour trouver des idées innovantes. Et j’irai même plus loin, en disant qu’il est nécessaire to think outside of the box, oustide of the box. Le Président dans sa démarche politique se présente comme un innovateur disruptif, mais il ne sort que des cadres vieux de plusieurs décennies. Il pense qu’élargir l’horizon français en appliquant les méthodes de l’entreprise, et l’esprit ‘startup nation’ de la Silicon Valley est original. D’après le titre de son livre, ce serait même une révolution. Mais cette révolution a déjà 20 ans. Les informations à notre disposition aujourd’hui nous indiquent qu’il faut encore sortir du cadre, et l’élargir.

Nous vivons dans une période de churn rate rapide des ressources terrestres et il faut développer une nouvelle vision de développement avec les contraintes actuelles. Et surtout une vision disruptive avec les schémas actuels. L’application d’une stratégie Blue Ocean qui viserait à proposer un nouveau système de société innovant hors des sentiers battus semble aujourd’hui la meilleure approche. Cela impliquerait bien entendu d’utiliser de nouveaux KPI qui permettraient d’évaluer ce qui est vraiment important et pas juste l’activité marchande et les flux associés.

Sans devenir tout à fait un Chief Happiness Officer, le gouvernement devrait s’inquiéter d’abord du bien-être des citoyens avant de s’inquiéter de la production du pays. Les valeurs de notre pays simplement édictées dans notre devise devraient guider la vision de nos dirigeants.

Est-ce que le gouvernement saurait vraiment appliquer les méthodes des startups innovantes à notre pays en définissant une stratégie vraiment en rupture avec le système actuel? Ou devrait-il comprendre d’abord que notre pays est plus proche d’une SCOP que d’une SARL (notre responsabilité de citoyens est tout sauf limitée)?

Glossaire

Effectuer un pivot : Expression souvent utilisée par les startups lorsqu’elle change de positionnement, d’offre et de modèle économique. C’est souvent un changement significatif.

Pain : Douleur en anglais, ce terme est utilisé par les startups pour désigner la problématique de leurs clients potentiels pour élaborer une offre pertinente.

Business model : Modèle économique en anglais. Je n’ai pratiquement pas entendu le terme français depuis 10 ans

User experience : L’expérience utilisateur en anglais. Terme souvent utilisé dans la conception d’interface en ligne, mais aussi de manière générale, pour décrire le parcours qui mène le client à l’achat.

RL : real life. La vie réelle en anglais. Terme utilisé par contraste avec les interactions via les réseaux sociaux.

Bottom-up: Du bas vers le haut en anglais. C’est un choix d’approche soit pour des calculs économiques soit pour la définition d’une stratégie générale. Avec l’approche bottom-up, on part de la base, donc des demandes des citoyens pour définir une stratégie générale.

Top to bottom: Du haut vers le bas en anglais. C’est un choix d’approche soit pour des calculs économiques soit pour la définition d’une stratégie générale. Avec l’approche top-down, ce sont les dirigeants qui décident d’abord de la stratégie sans se soucier des demandes des citoyens.

Think outside of the box: Penser hors de la boite en anglais. C’est une expression classique pour définir une approche stratégique dans la résolution d’un problème. Think outside of the box, suggère que l’on cherche une solution hors des pratiques habituelles.

Disruptif : se dit d’une entreprise, d’un produit ou d’une offre de service qui créé une rupture d’offre dans son secteur d’activité

Churn rate: Taux d’attrition en anglais. Ce terme est utilisé en marketing digital et e-commerce pour décrire à quel rythme des personnes se désinscrivent d’une offre en ligne.

Stratégie Blue Ocean : cette stratégie définie par W. Chan Kim et Renée Mauborgne dans leur livre de référence The Blue Ocean Strategy suggère que la forte croissance et les profits élevés que peuvent générer une entreprise se font en créant une nouvelle demande dans un espace stratégique non contesté, plutôt qu’au cours d’affrontements avec des fournisseurs existants pour des clients existants dans une activité existante.

KPI (Key Performance Indicators) : Indices de performances clefs en anglais. Ces sont les indicateurs clefs qu’une entreprise va définir pour suivre tous les aspects les plus importants de son activité que ce soit pour les aspects production ou vente.

Chief Happiness Officer : nouveau métier apparu dans les startups et autres jeunes entreprises de technologie innovante visant à s’assurer du bien être des employés.

SCOP: Société coopérative

SARL: Société à responsabilité limitée

Source image: Luc Legay/Flickr

One comment

  1. Bel exercice de forme, article super intéressant. Bravo.
    Mais en reprenant la conclusion
    “Sans devenir tout à fait un Chief Happiness Officer, le gouvernement devrait s’inquiéter d’abord du bien-être des citoyens avant de s’inquiéter de la production du pays. Les valeurs de notre pays simplement édictées dans notre devise devraient guider la vision de nos dirigeants.”
    et en réfléchissant “out of the box”, on pourrait imaginer un citoyen “actionnaire” de son pays et donc impliqué dans la production de son pays, plutôt qu’un “simple” salarié.
    Ses _pains_ seraient peut être plus en adéquation avec notre époque.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.